Né à Chichester (Sussex, G.B.) en 1971 et après un séjour à Amsterdam et une installation en Californie, Antony Hegarty a créé un groupe new-yorkais de drag queens. Il s’est lancé dans le théâtre expérimental. Nourri d’une éducation forgée à partir des disques de Culture Club et autres Soft Cell, et le personnage incarné par Isabella Rossellini dans le film de David Lynch Blue Velvet, l’artiste fonde Antony and the Johnsons en 2000. Le nouvel album est sans doute le plus abouti du groupe tant il exacerbe ce qui était en germe dans ceux qui le précédent.
Il n’y a d’ailleurs pas grand chose à ajouter à son titre : tout y est dit. La tristesse, la douleur s’y font infinies et éclairent ou recouvrent d’une lumière épurée et noire l’ensemble. L’opus est donc à éviter d’urgence par les dépressifs. Ils ne pourraient supporter les volutes minimalistes de piano ou les quelques grincements électros à peine perceptibles qui se développent finalement comme un cri aigu (dans “One Dove”). Certes, cela n’est pas inattendu.
Cet album ne pourrait donc être qu’une confirmation. Mais est bien plus. Antony qui est devenu une icône underground prouve ici que sa notoriété va bien plus loin qu’une simple image et qu’elle n’est pas usurpée. D’abord il y a sa voix de (presque) fausset. Elle rappelle à la fois celles de Klaus Nomi et Bryan Ferry lorsque ce dernier flirte avec les aigus. Cette voix colore à elle seul tout The Crying light. Le timbre est d’une émotion rare. Mais le groupe trouve ici les arrangements minimalistes « absolus » pour l’accompagner. On pense alors à Mark Hollis lorsqu’il quitta Talk Talk pour aller vers un chemin plus intime.
Dédié à Kazuo Ohno, danseur classique japonais centenaire qui figure sur la pochette et qui dansait encore à l’âge de 90 ans, cet album est d’une cohérence totale. L’ensemble pourra(it) paraître insupportable dans sa tonalité est macabre. Pour d’autres elle sera ce qu’on peut faire de mieux dans le genre que le groupe a imposé. Mais dans The Crying light ne subsiste plus la moindre guest star (pour mémoire Devendra Banhardt, Rufus Wainwright, Boy George et Lou Reed firent parti des voyages précédents). Reste pour tout viatique la voix incroyable du songwriter. Elle emporte dans un lyrisme particulier et une atmosphère aussi éthérée que bouchée.
Produit d’une manière impeccable et en dépit d’un caractère un peu benoîtement écolo de certaines paroles, cet album ne peut laisser indifférent. Aussi sophistiqué que minimaliste, The Crying light place la musique très haut : “One Dove” déjà cité ou “The Crying light” créent une poésie nocturne rarement atteinte. Seul le titre “Aeon” est plus violent. Il offre un point d’achoppement sur lequel viennent se fracasser les autres mélodies en larmes et en lumières.
On aime ou on n’aime pas, mais cet album est tout sauf n’importe quoi. Son écoute ne peut être passive. Elle provoque un jouir ou un rejet poétique tant la voix et la musique éveille des nostalgies et souligne nos pauvres modes d’exister. Tout se passe comme si, à travers les émotions les plus subtilement grises (euphémisme), Antony voulait non seulement faire de la musique un séjour authentique mais donner au nôtre un peu plus d’intensité. Qui veut bien s’imprégner de l’album comprendra combien sous sa noirceur un “carpe diem” pointe son nez.
Antony and the Johnsons – The Crying light (2010 / Rough Trade)
Cet article de JPGP a été pris sur le site Le blog des Immortels - Chroniques musique alternative. (Source)
10 janvier 2011
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Chroniques · Tagged: blue velvet, boy george, bryan ferry, chronique, Chroniques Pop, culture club, david lynch, devendra banhardt, hegarty, isabella rosselini, kazuo ohno, klaus nomi, lou reed, marc almond, mark hollis, one dove, pop antony and the johnsons, rufus wainwright, soft cell, talk talk, the crying light
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Né à Chichester (Sussex, G.B.) en 1971 et après un séjour à Amsterdam et une installation en Californie, Antony Hegarty a créé un groupe new-yorkais de drag queens. Il s’est lancé dans le théâtre expérimental. Nourri d’une éducation forgée à partir des disques de Culture Club et autres Soft Cell, et le personnage incarné par Isabella Rossellini dans le film de David Lynch Blue Velvet, l’artiste fonde Antony and the Johnsons en 2000. Le nouvel album est sans doute le plus abouti du groupe tant il exacerbe ce qui était en germe dans ceux qui le précédent.
Il n’y a d’ailleurs pas grand chose à ajouter à son titre : tout y est dit. La tristesse, la douleur s’y font infinies et éclairent ou recouvrent d’une lumière épurée et noire l’ensemble. L’opus est donc à éviter d’urgence par les dépressifs. Ils ne pourraient supporter les volutes minimalistes de piano ou les quelques grincements électros à peine perceptibles qui se développent finalement comme un cri aigu (dans “One Dove”). Certes, cela n’est pas inattendu.
Cet album ne pourrait donc être qu’une confirmation. Mais est bien plus. Antony qui est devenu une icône underground prouve ici que sa notoriété va bien plus loin qu’une simple image et qu’elle n’est pas usurpée. D’abord il y a sa voix de (presque) fausset. Elle rappelle à la fois celles de Klaus Nomi et Bryan Ferry lorsque ce dernier flirte avec les aigus. Cette voix colore à elle seul tout The Crying light. Le timbre est d’une émotion rare. Mais le groupe trouve ici les arrangements minimalistes « absolus » pour l’accompagner. On pense alors à Mark Hollis lorsqu’il quitta Talk Talk pour aller vers un chemin plus intime.
Dédié à Kazuo Ohno, danseur classique japonais centenaire qui figure sur la pochette et qui dansait encore à l’âge de 90 ans, cet album est d’une cohérence totale. L’ensemble pourra(it) paraître insupportable dans sa tonalité est macabre. Pour d’autres elle sera ce qu’on peut faire de mieux dans le genre que le groupe a imposé. Mais dans The Crying light ne subsiste plus la moindre guest star (pour mémoire Devendra Banhardt, Rufus Wainwright, Boy George et Lou Reed firent parti des voyages précédents). Reste pour tout viatique la voix incroyable du songwriter. Elle emporte dans un lyrisme particulier et une atmosphère aussi éthérée que bouchée.
Produit d’une manière impeccable et en dépit d’un caractère un peu benoîtement écolo de certaines paroles, cet album ne peut laisser indifférent. Aussi sophistiqué que minimaliste, The Crying light place la musique très haut : “One Dove” déjà cité ou “The Crying light” créent une poésie nocturne rarement atteinte. Seul le titre “Aeon” est plus violent. Il offre un point d’achoppement sur lequel viennent se fracasser les autres mélodies en larmes et en lumières.
On aime ou on n’aime pas, mais cet album est tout sauf n’importe quoi. Son écoute ne peut être passive. Elle provoque un jouir ou un rejet poétique tant la voix et la musique éveille des nostalgies et souligne nos pauvres modes d’exister. Tout se passe comme si, à travers les émotions les plus subtilement grises (euphémisme), Antony voulait non seulement faire de la musique un séjour authentique mais donner au nôtre un peu plus d’intensité. Qui veut bien s’imprégner de l’album comprendra combien sous sa noirceur un “carpe diem” pointe son nez.
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