Passionnée par le piano, la glaciale Lia Ices (comme son pseudo l’indique) est aussi une compositrice et une chanteuse rare. Ce pseudo n’est pas innocent : il est là pour rappeler l’écart entre les créations de l’artiste et ceux qui fantasment plus sur sa beauté plastique que sur celle de ses compositions. Les deux sont indéniables et pour s’en convaincre il suffit de regarder mais aussi d ‘écouter les clips de l’artiste (facilement trouvables sur Internet) afin de s’en convaincre. Lia Ices sait jouer du charme discret et sophistiqué du mystère qu’elle cultive. Son univers semble (le semble est important) fragile jusqu’à la subtilité éthérée, évanescente. Elle n’est pas sans rappeler Leslie Feist, Tori Amos en plus ouatée, Regina Spektor, Natasha Khan ou encore la grande époque de Kate Bush. De telles références ne lui font pas de l’ombre. Au contraire.
Son premier album, Necima (2008), était déjà une réussite pleine d’une puissance froide, distanciée, aérienne. Toutefois son orchestration évoquait parfois une forme de majesté classique un peu surjouée et inutile. Les lignes mélodiques de base se suffisaient à elles-mêmes. Son Grown Unknown gagne sur ce plan en maîtrise. Il se recentre sur un pop/folk raffiné au sein d’une ambiance féminine envoûtante, délicate et sobre. Lia Ices n’a pas en effet besoin d’en faire des tonnes tant elle domine son sujet. Autant sur le plan de la composition que des interprétations vocale et instrumentale. La musique joue sur le trouble d’une mélancolie particulière de l’ordre de l’écharpe et de l’épure même si parfois la musique flamboie pour revenir ensuite à une émotion plus intime et sensuelle.
La voix de Lia Ices se brise en deux morceaux : l’un est la musique travaillée par le temps, l’autre est le temps qui se tourne contre lui-même. Si bien que l’artiste semble parfois une revenante. Elle plonge avec délice dans le mystère de l’amour, son épreuve et son accomplissement. Ils suivent le mouvement de l’existence comme celui de la musique. Minimaliste parfois, Lia Ices s’y surprend encore à espérer, à craindre – à la limite des ces deux mots et comme si ce n’était plus seulement une pensée qui portait vers la musique. D’où ce flux incessant, cette avalanche qui avance mais comme au ralenti afin que l’on puisse sortir de son danger potentiel.
Dès le battement de mains qui crée le rythme du titre introductif la magie joue à fond. La voix pure et comme fluorescente de l’artiste fait le reste. Le tour est joué. Tout se met à flotter au sein de la dérive subtile soulignée par une guitare délicate ou un ensemble de cordes. Une telle musique s’adresse uniquement à l’émotion et module ce que produit en nous désirs, passions, désillusions. Sur un titre, Justin Vernon apporte sa propre déliquescence discrète. Il ajoute sa touche au charme envoûtant d’un album réussi. Sans doute trop intimiste pour espérer ravir et gravir les charts, Grown Unknown a bien mieux à faire et à apporter. Aux esthètes de s’en emparer pour le plaisir d’une expérience musicale et émotionnelle venue du Vermont et de Brooklyn.




![Sebkha-Chott – Nigla[h] (Tapisseries Fines en XXX Strips et LXX/X Trompettes)](http://www.discolab.fr/wp-content/uploads/2012/05/email24.png)






