Les startups réinventent-elles l’industrie musicale ?

Pour sa seconde édition, S4MI (Students4MusicInsights) propose de parler du rôle des startups dans l’industrie musicale à travers une conférence qui se déroulera le 9 juillet à l’ESCP Europe à Paris.


Après un premier événement Students4MusicInsights en janvier 2013 qui explorait la valeur de la musique à l’ère du Web, S4MI, pour sa seconde édition, propose de parler du rôle des startups dans l’industrie musicale et se demander plus précisément :

Les startups réinventent-elles l’industrie musicale ?

mardi 9 juillet – 19h – ESCP Europe (Paris)

On aime les présenter comme ces héros tant attendus qui vont faire retrouver au secteur son dynamisme et son optimisme. Mais la réalité est sans doute plus complexe.
Ne sont-elles pas de simples entités de passage vouées à être absorbées par les géants du secteur ou du Web en manque d’innovation ?
Le startups se substituent-elles ou complètent-elles les acteurs traditionnels du secteur ?
Les “startups de la musique” ont-elles des modèles viables à long terme ?

S4MI tentera d’apporter des réponses à travers les paroles de cinq intervenants :
Simon Baldeyrou (DG France de Deezer)
Gilles Poupardin (CEO Whyd)
Bruno Verbrugghe (CEO Dualo)
Romain Guillot (CEO Koalitick)
Virginie Berger (CEO DBTH)

Étudiants, vous pourrez leur poser toutes vos questions et venir pitcher votre startup musicale en moins d’1 mn !
Pour participer, les candidatures sont à envoyer à pitch@whojam.com.


INFOS PRATIQUES

Lieu de la conférence :
ESCP Europe, 79 avenue de la République, Paris 11e

Inscriptions sur http://s4mi.eventbrite.com

Plus d’informations sur la page Facebook de l’évènement.


L’Adami ouvre ses aides aux enregistrements en distribution numérique

Grande première dans le mondes des aides professionnelles : l’Adami annonce, dans un communiqué, qu’elle ouvre ses aides aux enregistrements en distribution numérique. Jusque là, une distribution physique constituait une condition sine qua none. De quoi encourager les autres organismes à faire de même ?



L’Adami ouvre ses aides financières aux enregistrements en distribution digitale.

L’Adami poursuit son adaptation à la nouvelle donne de la révolution numérique.

Elle a été la première société de gestion collective des droits à dématérialiser les demandes d’aides financières avec son dispositif IDA.

En 2009, l’Adami s’associe à Deezer, leader international des sites d’écoute de musique en ligne, pour créer le Prix « Adami Deezer de Talents » dont l’objectif est de révéler un groupe ou un artiste via internet.

Aujourd’hui, ses critères d’aides financières des enregistrements phonographiques évoluent. Son Conseil d’Administration vient en effet de voter l’attribution d’aides aux enregistrements en distribution digitale.

La distribution commerciale de l’enregistrement pourra désormais être définie exclusivement par un contrat de distribution numérique, sans l’obligation d’une distribution physique.

L’Adami, créée par et pour les artistes, répond ainsi à la demande des nombreux artistes-interprètes dont la production est entièrement dématérialisée.


Victoires du Jazz 2013 : Ibrahim Maalouf, Médéric Collignon et Thomas Enhco lauréats

Le palmarès des Victoires du Jazz 2013, décernées vendredi 28 juin en ouverture du festival Jazz à Vienne, a distingué deux trompettistes : Ibrahim Maalouf comme Artiste de l’année et Médéric Collignon, Disque de l’année, avec son hommage à King Crimson. Le trophée de la Révélation de l’année a été attribué au jeune pianiste Thomas Enhco.


Le trompettiste franco-libanais cueille avec le trophée de l’Artiste de l’année les fruits d’une année 2012 très riche et faste, avec la sortie de l’album « Wind » et une multitude de concerts dans toute la France. Déjà nommé aux Victoires du jazz 2012, Ibrahim Maalouf s’impose cette fois devant le saxophoniste alto Pierrick Pédron (qui repart bredouille, comme l’an dernier) et le batteur André Ceccarelli.

Déjà primé deux fois aux Victoires du Jazz (Révélation instrumentale en 2007 et Artiste de l’année en 2010), Médéric Collignon décroche cette année le trophée du Disque de l’année pour son disque À la recherche du Roi Frippé (Just Looking) dédié à Robert Fripp. Le cornettiste et vocaliste était en lice avec deux pianistes, Laurent de Wilde pour son album Over the Clouds et le Belge É‏ric Legnini pour Sing Twice.

Petit-fils du chef d’orchestre Jean-Claude Casadesus et beau-fils de Didier Lockwood, le pianiste Thomas Enhco, 24 ans, a été élu Révélation de l’année, au détriment des saxophonistes (décidément malheureux dans ce palmarès 2013) Lisa Cat-Berro et Baptiste Herbin.

Sounds archives travel with a boat

 

 The participation of phonothèque  in the celebration “La Mer en fête” was an experience different from the usual activities that someone could imagine for a  sound archive. It proved that the recordings of people need to be demonstrated in popular places in order to be accessible by different persons and not only by university users.

 Such an extraordinary place was the big boat “Cassanova”, which attracted many persons, particularly children. From 27 at 29 Mai, l’Association U Marinu, organized inside above  boat  the celebration “Mer en Fête” with the help of the “Office de l’Environnement de la Corse” and many others contributors. During the activities more than 50.000 students passed  in order to take part to the discussions, presentations, lessons, games  for  the environmental pollution, the  flora and fauna of the sea, the history and geography of Mediterranean.

Many teachers and parents were wandering why sound archives participate in such activities, usually practiced by environmental organizations with the subjects like the disappearance of seal or starfish. Soon they understood, that sound archives have all the experience and the sources to participate to this celebration and in fact to participate to any kind of similar activities.

 

The kids listened recordings referring to :

- an old fisherman explaining how to utilize his nets :

-  a seller with  melodic voice in the fish market of Napoli:

-  advices of a fisherman who explain which fish we must avoid for having  beautiful and peaceful dreams:

   These recordings suit perfectly with the mood of the children, the smell of the sea and the atmosphere of the boat.  Besides, children and adults had the opportunity to see the method  and the purpose of  the recordings and by hearing the oral data of the archives  to  recognize  sounds which seemed familiar to them either because they brought to  their memory different  local or foreign   accents of friends as well as  story-tellings of their grand fathers and mothers, or because  they compared these sounds with those they listen while they walk in the streets,  or when they play football. At the end, most of them wanted to find a way for recording a person who tell stories in a funny way or has a funny way of speaking.     

Its time the sound archives to  travel more and more far…..

   

Le téléchargement illégal, une pratique encore massive chez les jeunes

A l’occasion de la fête de la musique, l’association Calysto, anime des sessions d’information dans les classes sur les usages des jeunes à l’ère du numérique, a fait un zoom particulier sur la musique et le numérique chez les 11-18 ans. Et les pratiques illégales y sont encore majoritaires.


72% des 35 000 collégiens, et lycéens âgés de 11 à 17 ans interrogés déclarent télécharger illégalement de la musique, devant les films (52%) et les jeux vidéo (35%). Les chiffres présentés par Calysto, à l’occasion de la fête de la musique, sont assez clairs : malgré le développement et la montée en attractivité des offres légales, le téléchargement illégal est une pratique encore largement répandues chez les 11-18 ans. Plus surprenant, 21% d’entre eux affirment télécharger illégalement à la demande de leurs parents. Les moyens les plus utilisés sont les services de téléchargement direct (56%) et les réseaux P2P (25%).

Streaming : le modèle de consommation

Si la télévision et la radio restent les premières sources de découverte des nouveautés musicales (pour 66% et 60% des interrogés), on peut tout de même regretter que ne soit pas retenue comme catégorie la recommandation des proches. Celle-ci, si elle ne changerait sûrement pas beaucoup la notoriété des canaux d’écoute, tempérerait probablement l’aspect découverte. Pour l’écoute, les services de streaming et les sites de vidéo en ligne se taillent la part du lion. Enfin, dernier aspect, la notoriété des services légaux de musique possède encore une marge de progression : 61% connaissent les sites de streaming et de vidéos, et 42% déclarent connaître les plateformes de téléchargement payantes. Plus inquiétant, à la question « Savez-vous différencier un site légal d’un site illégal ? », seulement un quart des jeunes interrogés répondent oui.

Depuis 2004, l’association Calysto organise, dans le cadre de son programme Génération Numérique, un Tour de France des écoles, des collèges et des lycées et anime des sessions d’information dans les classes sur les usages des jeunes à l’ère du numérique. Les équipes de Calysto rencontrent environ 500 000 élèves tout au long de l’année scolaire.


Consulter l’étude Calysto :

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Marthe Himelfarb, une bibliothécaire française à Barcelone : entretien avec une hybride #10

Dans une série intitulée « Meeting Boulevard » – sur un mode assez similaire à la rubrique Entretien avec un hybride – le blog Ampli de l’association des Musictecaris, donne la parole aux bibliothécaires catalans et les interroge sur leur conception des missions des bibliothèques, du rôle des bibliothécaires et sur la manière d’appréhender les enjeux d’aujourd’hui. C’est l’ un de ces entretiens qui est ici présenté, traduit en français, celui de Marthe Himelfarb interrogé par Josep Lluis Villanueva Fontanella. Marthe Himelfarb est technicienne des bibliothèques de la Diputació de Barcelona. Elle travaille dans le réseau de la ville de Sabadell (200.000 h / 7 bibliothèques: une centrale urbaine cantonale, trois bibliothèques de d’arrondissement et trois bibliothèques de quartier) dans la banlieue de Barcelone.

Lors d’un voyage d’étude à Barcelone organisé par l’association VDL en 2011, nous avions été accueilli notamment par Marthe Himelfarb, bibliothécaire française installée à Barcelone, qui avait co-animé une rencontre à la Bibliothèque Vapor Vell de Barcelone entre bibliothécaires musicaux catalans et français en assurant le rôle d’interprète.

« Actuellement le bibliothécaire n’est ni formé, ni motivé, ni assisté pour lutter contre la désertification culturelle massive, je dirais même qu’il est encouragé à s’engager dans d’autres voies comme l’assistance sociale ou l’animation pour ne citer que les principales… »

Quand tu étais petite souhaitais-tu devenir bibliothécaire ? Depuis quand exerces-tu ce métier ?

Non je n’ai jamais eu la vocation, ce qui est plutôt amusant parce que des vocations, j’en ai eu des milliers, de toutes sortes, mais jamais j’avais envisagé de travailler dans les bibliothèques. Par contre je les ai toujours fréquentées quelque soit le lieu où je résidais. La première bibliothèque de ma vie, à part la bibliothèque familiale qui était considérable, a été la minuscule bibliothèque “municipale “ de la petite ville de banlieue parisienne où je vivais à l’époque. Elle fonctionnait grâce à un vieux monsieur aux grandes moustaches blanches, elle était installée dans un couloir étroit, tortueux et à demi-souterrain. Les livres étaient tous couverts de papier craft avec au dos le titre, l’auteur et une rudimentaire signature, tout ça calligraphié à la plume dans une belle cursive anglaise. Écrasée par la difficulté énorme de choisir, je décidai de commencer par la lettre A et de finir par la lettre Z: je ne devais pas avoir plus de 7 ou 8 ans, c’était mes premiers vertiges devant l’immensité…

En réalité, je suis arrivée aux bibliothèques de la Diputació de Barcelona, il y a 11 ans, la quarantaine bien sonnée, et un peu par hasard, malgré un CAFB option jeunesse préparé et passé lorsque j’étais toute jeune, sans préméditation et aussitôt relégué. Mais surtout j’ai débarqué dans ce secteur avec plus d’espoirs et d’attentes que ceux qu’on doit raisonnablement placer dans un travail, une profession.

Quels sont les aspects qui te plaisent le plus de cette profession?

Quand je suis entrée dans le métier, par la petite porte, j’étais fermement convaincue (si, si !) que je participerais à la vie culturelle de mon pays d’adoption, que mon travail aurait des effets directs et indirects sur le développement de la culture, de l’éducation et du progrès humain…

Une autre motivation, plus intime et personnelle, me faisait espérer trouver dans les bibliothèques, outre le savoir tout entier soigneusement rangé, toute la rationalité et la paix qui manquent tellement à l’extérieur, livré au chaos… Une vision, on le voit, ingénue, vieillotte, passéiste, inadaptée, qui peut même, dans une perspective contemporaine, sembler complètement ridicule. La réalité fut toute autre. Dans la profession court une blague : si on aime les livres, il ne faut pas travailler dans une bibliothèque ! Les bibliothèques publiques en Catalogne, tout comme ailleurs, n’échappent pas à la réalité. Reflet du monde contemporain, service standardisé soumis aux lois et aux tendances du marché économique et idéologique, la bibliothèque publique d’aujourd’hui est contradictoire : d’un côté, elle offre un fantastique service démocratique d’accès à la connaissance (service complètement gratuit et d’accès universel en Catalogne), de l’autre, elle participe activement à la culture dominante aujourd’hui, celle de la consommation accélérée, de l’excès, de la dispersion et de la superficialité. Tout comme la société qui la génère et l’utilise, la bibliothèque vit soumise à la mode et à la tendance. La bibliothèque publique moderne devient alors en même temps un instrument culturel privilégié ainsi qu’une pièce maîtresse dans la consolidation d’une sous-culture de masse, ou «culture globale».

Un peu comme la télévision, outil de communication surpuissant qui généra d’immenses espérances au moment de sa naissance, la bibliothèque publique aurait également pu être un instrument révolutionnaire, un énorme atout pour le progrès humain. Il me semble que ce n’est pas le cas. Cet antagonisme des rôles est perceptible dans la pratique professionnelle quotidienne.

Le professionnel des bibliothèques, sans grande différence entre les différentes positions hiérarchiques si ce n’est l’intensité, consacre 90 % de son temps à deux types de tâches principales. D’un côté, il exerce des tâches techniques toujours plus exigeantes, complexes et nombreuses, indissolublement liées aux TIC : il traite des produits, gère des équipements et contrôle des flux continuellement en hausse de documents, d’activités et de publics. De l’autre, il s’occupe de personnes. Une avalanche de personnes qui attendent de lui (ou d’elle surtout) des choses très diverses : qu’il maîtrise les photocopieuses, tablettes, PC’s, Iphones, persiennes électriques, systèmes de chauffage ou de réfrigération, téléviseurs, reproducteurs, diffusion par câble ; qu’il veille à recharger le papier hygiénique des toilettes et au bon fonctionnement des machines à cafés ; qu’il rassemble les objets perdus, qu’il recommande des romans érotiques, romantiques, de terreur, de science-fiction ; qu’il maintienne en ordre les tonnes de papier de la presse quotidienne, hebdomadaire, mensuelle, occasionnelle ainsi que ses surprenants suppléments; qu’il surveille les enfants et leur propose des activités ludiques, qu’il organise des clubs de lecture, des expositions, des rencontres, des débats, des goûters littéraires, des apéritifs musicaux, des soirées spectacles, qu’il monte des ateliers de cuisine, de jardinage, de dessin, de pâte à sel, qu’il assiste les immigrants dans leurs impossibles démarches administratives, qu’il aide les analphabètes technologiques dans leurs premiers pas ainsi que les chômeurs dans leurs recherches désespérées, qu’il impose et maintienne une ferme (mais solidaire) discipline entre les populations marginales qui trouvent à la bibliothèque le dernier refuge ; qu’il reçoive et canalise les invasions périodiques d’adolescents en troupeaux ; qu’il accueille les très nombreuses personnes handicapées physiquement et/ou mentalement qui souvent errent dans les bibliothèques désœuvrées, à la recherche de marques d’intérêt ou d’affection…etc …la liste n’est pas exhaustive.

Les 10 % restant de son temps, que le professionnel de bibliothèques devrait raisonnablement consacrer à la culture, en réalité il l’utilisera pour se maintenir à jour d’un flot continu de normes, protocoles, conventions, règlements ainsi que des modifications techniques constantes qui affectent les logiciels, le matériel informatique, les fournitures et consommables, les programmes, les applications, les périphériques, les systèmes d’alarme, les contrôles climatiques, lumineux, sonores….

Il devra également lire des averses quotidiennes de courriers électroniques, de toutes tailles et de tous les styles avec des documents joints, des liens, des bibliographies, des manuels, des références, des agendas exponentiels d’activités dites culturelles ….

Il faudra aussi qu’il trouve le temps pour remplir les contrôles de présence, les demandes de congés et autres autorisations, les questionnaires de sécurité professionnelle, de formation, apprendre les protocoles de situations d’urgence, constituer les dossiers médicaux en cas de maladie…

Enfin et bien sûr, il devra assister à de nombreuses réunions : sectorielles, transversales, pyramidales, d’équipe, de direction, de réseau, ainsi qu’à des groupes de travail investis de missions temporaires, et dont il devra le cas échéant rédiger les comptes rendus.

Ainsi donc, le travailleur des bibliothèques est polyfacétique : c’est un travailleur social, un gestionnaire, un technicien, un agent d’accueil, un vendeur, un caissier, un guide touristique, un animateur jeunes et/ou troisième âge, un spécialiste en immigration, et bien d’autres choses encore … Cette multifonctionalité, selon la personne, le moment et les circonstances, peut alimenter une puissante motivation ou être ressentie comme une lourde charge. Mais ce qui ressort d’une manière aussi évidente qu’indiscutable, c’est que le travailleur des bibliothèques n’est pas un agent culturel. Il n’a pas le temps, il n’a pas été formé pour, et, en général, n’est pas motivé par cette fonction, mais bien plutôt par la fonction «service». On n’attend d’ailleurs pas de lui qu’il le soit.

Ce paradoxe devrait susciter une réflexion déterminante pour le futur de la lecture publique, du rôle social, politique et culturel de la bibliothèque, mais depuis ma perspective de simple travailleuse, j’ai l’ impression que ce débat n’est pas ouvert. Il me semble que, en général, les bibliothèques sont engagées sur une toute autre voie orientée vers l’insertion du citoyen et la globalisation des idées bien plus que vers la transmission du savoir et l’encouragement d’une pensée indépendante et critique.

Quelle est la situation la plus drôle que tu aies vécue dans une bibliothèque?

Chacune des situations quotidiennes peut être appréhendée avec humour, colère ou désespoir selon notre humeur du jour. Confrontés tous les jours à la fois à la marginalité et à la massification, notre dernier recours est souvent l’humour. Tous les professionnels du secteur possèdent leur propre inventaire des déviances de la conduite humaine : cleptomanes, érotomanes, compulsifs, névrosés, voleurs, voyeurs, tricheurs, imbéciles heureux, parasites, colériques, snobs …. Tous ont trouvé en salle des objets aussi invraisemblables qu’hétéroclites : couteau de cuisine, sachets d’olives et d’anchois, chaussures, pantalons, sacs de couchage, et même un balai-wc oublié dans un sac au dossier d’une chaise … Tous ont trouvé entre les pages des livres des papiers innombrables: billets de train, courrier de la Sécurité Sociale, carte de chômage, photos de famille, lettres d’injures et lettres d’amour, poèmes, listes de courses, souvenirs de voyages….

De temps en temps, la mort, elle aussi, se promène dans les salles : un usager à l’heure de la fermeture gît inconscient, victime d’un très silencieux coma diabétique (auquel il a survécu), un autre, très âgé, tombe foudroyé par un anévrisme pendant qu’il parcourait le journal, debout appuyé à une table (on ne l’a jamais revu)… La bibliothèque est comme la vie même, à la fois tellement drôle et tellement pathétique. On y voit grandir les enfants, mourir les vieux et défiler toutes les folies ordinaires qui emplissent l’existence.

Nous vivons une époque difficile pour les service publics et souvent l’imagination doit pallier l’étroitesse des budgets. Selon toi, comment nos collègues de profession ressentent-il ce moment?

Résignés et découragés d’un côté. Comme l’ensemble du pays, comme tous les citoyens qui assistent impuissants, épouvantés au pillage féroce, organisé, déchaîné, de leur pays, de leur culture … pillage qu’ils avaient longtemps ignoré, consenti, voire même fomenté …. Pleins de gaieté, d’enthousiasme et d’hyperactivité, de l’autre. Toujours disposés à organiser davantage d’activités, à multiplier les formes de loisirs, à inventer de nouvelles formes pour attirer, séduire, «vendre», montrant chaque jour le meilleur et le pire du caractère latin : un optimisme et une vitalité sans pareil, inextinguibles : une fabuleuse aptitude à danser sur le volcan … et sa corollaire: une certaine dose d’inconscience.

Certains croient qu’après le tsunami provoqué par les TIC, le rôle du bibliothécaire, s’il veut que sa profession survive, doit évoluer toujours davantage vers celui de guide, de conseiller culturel. Quelle est ton opinion? Est-ce que tu crois que les bibliothécaires sont suffisamment préparés pour relever ce défi ?

Je crois que j’ai déjà répondu en bonne partie à cette question un peu plus haut. Mais je ne pense pas que le tsunami technologique soit le facteur principal de la grande mutation des bibliothèques. Premièrement, en effet, à mon sens, centrer le problème sur la nature technologique des nouveaux instruments utilisés (ou non!) dans les bibliothèques et non pas sur leur contenu est une erreur importante, et deuxièmement réfléchir sur la bibliothèque sans analyser ce qui se passe dans le monde autour d’elle est une seconde erreur tout aussi grave. Les bibliothèques participent des changements considérables opérés en Occident durant les 100 dernières années : deux guerres mondiales, la Shoah – collusion entre la barbarie absolue et des intérêts économiques colossaux – conduite par un des peuples les plus civilisés et cultivés de la Terre, la fin de tous les empires coloniaux ou dictatoriaux, l’écrasante victoire de l’idéologie capitaliste sur toutes les formes de socialisme sans exception, l’émergence d’une nouvelle philosophie néocapitaliste sans frein et de résonance mondiale, la dérégulation systématique, dans tous les domaines, à échelle planétaire, le retour à des formes d’exploitation sauvage de l’homme par l’homme et, en toile de fonds, le recul systématique de toute forme de connaissance organisée, structurée, et fondée….. tout cela constitue un monde bien différent de celui dans lequel naquirent les bibliothèques publiques, il y a également un siècle à peu près.

Dans ce monde flageolant, l’individu déboussolé recourt à un nouveau credo: «profitons-en pendant qu’il est temps puisque nous sommes mortels et notre planète menacée». Cette simplification drastique des aspirations humaines est le fruit des violentes luttes idéologiques qui secouèrent le XXème siècle, des multiples défaites subies par les hommes et les systèmes qui se voulaient porteurs d’espoir et de futur. Parallèlement, pour le commun des mortels qui n’a accès ni au pouvoir, ni à l’argent – ainsi d’ailleurs que pour les potentats surmenés par l’effort d’amasser d’immenses fortunes – est née une sous-culture globale de l’entertainment et de la divulgation de basse étoffe, soumise aux lois du marché et à celles de la mode (voilà un beau pléonasme). Et …. retour à la case départ: les bibliothèques participent largement de toute cette évolution, tout comme l’école et l’enseignement en général. Analyser comment s’opère cette participation – plus ou moins subtile – à la grande entreprise d’acculturation globale à laquelle nous sommes confrontés n’est pas le propos ici et maintenant. Par contre, il me semble pouvoir affirmer que s’il demeure encore quelques professionnels convaincus que le bibliothécaire devrait être un contrepoids, un frein dans cette fuite en avant, voire même que ça devrait être la première de ses missions, ils sont, je crois, une absolue minorité. Si la bibliothèque a changé du tout au tout, le profil de ses travailleurs aussi. Pour ce que je sais, la majorité de la profession ne voit pas les choses ainsi, et n’identifie pas cette mutation comme un problème grave. Les nouveaux professionnels ont en général de leur métier une conception extrêmement technique ou alors extrêmement sociale, et, le plus souvent, les deux à la fois.

En continuant dans cette ligne, la prescription, le guidage apparaissent comme une mission fondamentale pour le bibliothécaire du XXIème siècle. La tendance semble donc aller vers la spécialisation et la coopération. As-tu l’impression qu’on travaille sérieusement en ce sens dans les bibliothèques catalanes ? Et sinon, quels seraient selon toi les pas décisifs ?

L’acculturation, la pensée globale et la progressive disparition de l’analyse critique sont des problèmes de la société contemporaine dans son ensemble, une étape difficile dans l’histoire des idées qui ne peut se résoudre par des remèdes sectoriels. Cela dit, il est clair qu’une société forme ses professionnels en fonction de ce qu’elle attend d’eux. Actuellement le bibliothécaire n’est ni formé, ni motivé, ni assisté pour lutter contre la désertification culturelle massive, je dirais même qu’il est encouragé à s’engager dans d’autres voies comme l’assistance sociale ou l’animation pour ne citer que les principales…

Le concept de bibliothèque musicale hybride est l’affirmation que les collections physiques des salles de musiques, et les recommandations en ligne ne sont pas rivales mais complémentaires, puisque les deux formats présentent chacun des avantages et des inconvénients. Qu’en penses-tu? Ça te semble un concept valide?

Pour moi c’est une évidence que la collection physique ne peut pas cesser d’exister, de la même manière que je ne souhaite pas vivre suffisamment pour voir un monde 100% numérique! L’accès numérique à l’information et à la connaissance a de grandes vertus et offre de grandes opportunités, mais présente également de nombreux défauts. C’est un débat un peu vain à mon avis, tellement il est évident, aveuglant même, que l’on ne peut pas remplacer la bibliothèque de pierre et de papier par une médiathèque 100% numérique et virtuelle, électrique donc…. sans courir le risque de la ruine ou de la débâcle.

Je ne saurais dire si ma réponse est … générationnelle, conditionnée par l’âge ou non… Le regard d’un tout jeune professionnel sera certainement très différent!

Quel est selon toi la principale différence appréciable entre les bibliothèques françaises et catalanes ?

Je sais très peu de choses sur les bibliothèques françaises. Je visite peu la France dernièrement, et les bibliothèques que j’y ai fréquentées, je les ai vues très vite, en passant. Cela dit, il me semble, pour ce que j’ai vu, qu’elles évoluent un peu dans le même sens qu’ici, même s’il m’a semblé que la tradition intellectuelle française et les goût culturels encore fortement ancrés de la population continuent de se faire sentir. Peut-être aussi les professionnels sont-ils un peu plus formés, peut-être accorde-t-on en France un peu plus d’attention au document de qualité et un peu moins aux indicateurs statistiques. Peut-être que dans l’ensemble elles résistent un peu davantage à devenir ces maisons-de-quartier-avec-des-livres que sont les bibliothèques ici en Catalogne. Mais je ne suis pas en mesure de répondre sérieusement à cette question.

Tu écoutes régulièrement de la musique? Quel est le dernier disque qui t’a émue?

Je dois confesser un particularisme : je ne peux, ni ne veux écouter de la musique tout en faisant autre chose, à l’exception de tâches complètement mécaniques et silencieuses comme le repassage par exemple! Par conséquent…j’en écoute peu!

De toute façon, depuis longtemps maintenant, je suis amatrice d’opéra et cette passion a absorbé petit à petit presque tout mon temps musical. Quand j’élevais mes enfants, j’écoutais des choses beaucoup plus variées et j’étais très intéressée par les musiques du monde en général, et d’Europe Centrale et Orientale en particulier. Gamine, comme tout le monde, j’ai eu mes passions musicales adolescentes, mais en général, et pour le moment mon univers sonore s’est réduit! Sans me l’être vraiment proposé, j’écoute surtout de la musique classique, mais ce qui réellement me meut et m’émeut … c’est aller à l’opéra. Ce sont souvent des moments de très forte émotion. Le reste du temps, j’écoute les radios classiques catalanes et nationales, quelques coffrets, mais je suis très inconstante. Ce que j’aime par dessus tout, maintenant, c’est le silence. Encore une fois, une question d’âge, je pense.

Pourrais-tu dire si tu es attachée à une période en particulier : baroque, classique, romantique, moderne, contemporain. As-tu un compositeur ou une oeuvre de prédilection ? Et qu’est-ce qui t’attire, ou te plaît dans l’opéra ?

Non, je n’ai pas d’époque préférée. Comme beaucoup, je suis assez ignorante en matière d’opéras contemporains mais lorsqu’ils sont programmés à Barcelone, j’y assiste au même titre qu’au reste de la programmation, et j’ai parfois de très bonnes surprises. Par contre, oui, j’ai des compositeurs “préférés”: je suis une véritable fan de Rossini, par dessus tout, … mais aussi de Mozart, de Verdi, de Bizet, d’Offenbach, de Berlioz, de Gluck et en réalité, quelque soit l’auteur et l’époque, de n’importe quel opéra bien écrit, bien composé et bien interprété !

Car, c’est sans doute ce qui rend cette forme artistique tellement séduisante: la combinaison de multiples aptitudes humaines pour donner forme à un produit final scénique et musical. Depuis le machiniste jusqu’au chef d’orchestre, en passant par le metteur en scène, le chœur, les musiciens, les chanteurs, les costumiers, les éclairagistes, les accessoiristes, les régisseurs, les menuisiers… etc , un opéra c’est avant tout un fabuleux travail d’équipe qui ne supporte pas l’à peu près. Côté création, je crois que je suis assez fascinée par ces œuvres qui, reprises, repensées, réinterprétées un nombre incalculable de fois au cours des siècles, continuent de nous bouleverser. Côté talent, le chant lyrique me semble une véritable “performance”, un art prodigieux, un travail époustouflant. Côté romantisme, je dois reconnaître que j’aime les théâtres à l’italienne, les rideaux qui pèsent des tonnes, le bruissement de la salle avant l’entrée du chef d’orchestre, les gammes dans la fosse, le moment de silence qui précède les premières notes …. J’ai eu la chance de pouvoir assister à une représentation au Met de New York, et le jour où j’ai acheté mon entrée, bien avant la représentation, j’ai pleuré de vraies grosses larmes de joie! Pourquoi ? Je ne sais pas. Il est très difficile d’expliquer le pourquoi et le comment de l’émotion. Ce qui est absolument certain, c’est que l’opéra est un puissant vecteur!

Le premier Meetup MaMA se penche sur les métadonnées

Le MamA lance ses Meet up, cycles de rencontres autour de thématiques contemporaines en prise avec les mutations constantes de la filière musicale. La première édition, organisé en collaboration avec l’agence de Virginie Berger, DBTH, aborde la question des métadonnées.


MEETUP #1 MaMA with DBTH

Mardi 2 juillet 2013 à 17h30 @ Centre Musical FGO-Barbara

L’industrie musicale serait sur le point de se transformer en un système fédéré de bases de données inter-reliées. La problématique des métadonnées ne serait-elle alors qu’une histoire d’acronymes (DDEX, GRD, ISRC, ISNI..) ou de concepts clés ?

Pour ce premier MEETUP, MaMA et DBTH se penchent sur le futur des métadonnées : quel enrichissement des métadonnées et quels nouveaux standards interprofessionnels (musique, vidéo…). Quelles sont les évolutions actuelles et comment arriver à travailler sur tous les formats ?

MODERATEUR : Frédéric Neff – Community Manager à la Sacem (FR)

INTERVENANTS :
- Hugo Bon – Fondateur du label Echopolite (FR)

- Jacques Krischer – CEO Kollector (BE)

- Fabrice Lacroix – Président d’Antidot (FR)

- Geoffroy Peeters – Chef de projet – indexation audio à l’Ircam (FR)

Envie de participer ? Inscrivez-vous ici

À travers les MEETUP, MaMA, en collaboration avec DBTH, propose des nouveaux cycles de rencontres autour de thématiques contemporaines en prise avec les mutations constantes de la filière musicale. Réunissant des intervenants français et internationaux, des personnalités marquantes ou des figures emblématiques, à la fois intellectuels et hommes/femmes de terrain, ces rendez-vous trimestriels constituent des moments privilégiés de réflexion et de débats.

Le retour en grâce des enfants terribles.

Quel est le point commun entre IAM et Tricky? … Vous séchez?

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Cliquez sur les images pour visualiser les deux premiers clips officiels extraits des albums.

Les deux sortent simultanément un album. Le sixième pour le groupe marseillais: Arts martiens et le dixième pour l’anglais: False idols. Les deux connurent la déception de leurs fans sur leurs précédentes productions, il est vrai, en demi-teinte. Pour la Critique, grande prêtresse du bon goût, Tricky c’est Maxinquaye (et Pre-millenium tension) et IAM c’est évidemment L’école du micro d’argent (et Ombre et lumière). L’inconscient collectif a suivi… Qu’en est-il alors aujourd’hui? Terminées les dérives funk-R’n’B pour les uns et les égarements commerciaux et paranoïaques pour l’autre.

IAM a connu quelques tensions marquées par le départ de Freeman mais le groupe de quadras est toujours là et continue d’asséner ses coups de laitos à une société qui sombre dans le racisme, la violence, la pauvreté et à un hip hop parfois mercantile et décérébré. Chez eux, le flow reste percutant et le scratch habile. Comme toujours, l’album est truffé de références culturelles asiatiques et américaines. Les influences sonores new-yorkaises sont aussi présentes et si les propos semblent noirs, l’humour apparaît toujours en filigrane comme dans le morceau égo-trip Marvel où les rappeurs se comparent à des super-héros.

Tricky, de son côté, continue de puiser dans les genres musicaux qu’il affectionne: le hip hop, la soul, la cold wave (We don’t die reprend le thème de A forest de Cure), le jazz et l’électro. Sa musique alterne entre les samples (My funny valentine de Chet Baker sur Valentine), la programmation et les instruments. Comme toujours en retrait avec sa voix abîmée par l’asthme et la fumée, il laisse toute la place à ses nouvelles chanteuses: Nneka, Francesca Belmonte, Fifi Rong et le chanteur Peter Silberman de The Antlers. Mais il reste le mieux placé pour parler de son nouvel album:

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Partie 3
Partie 4
Partie 5
interview en vo

Rien de novateur mais des albums authentiques, efficaces et empreints de noirceur qui pourraient bien détrôner leurs illustres prédécesseurs sans pour autant les singer. Les marseillais et le kid de Bristol n’oublient pas leurs racines et le ghetto d’où ils viennent: s’ils sont à l’abri de la misère aujourd’hui, ils n’en gardent pas moins les timberlands sur le bitume et la tête juste ce qu’il faut dans les étoiles.

[Stéphane - Bibliothèque des Champs Libres]